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El Desdichado..

Ecrivaillon décomplexé, auteur universaliste à la fois conservateur et anarchiste, en des proportions encore non clairement définies, Ludewic Mac Kwin De Davy est né au bord d’une Méduse dérivant sur le Styx en furie, et plongé dans les eaux ténébreuses de maux.. C’est un marcheur déposant sa prison charnelle sur les pavés endurcis, comme un obèse supportant péniblement le poids disproportionné d’un corps en détresse, et qui aurait appris à donner à cette laideur apparente l’attention inexistante qu’elle mérite.. Il calligraphie sa vision outrancièrement pessimiste du monde qu’il qualifie souvent de tragédie humaine, avec une plume d’où jaillit l’encre noire de ses propres hantises.. Une écriture loin du soleil, volontairement plongée dans la nuit, parlant un langage adressé à ceux qui survivent à la périphérie de la civilisation.. Sur son épitaphe il voudrait qu’il y soit inscrit « ci gît un ordinaire qui a voulu être utile », comme pour souligner que l’existence n’a de sens que lorsque l’on se met au service des autres, qu’importe que l’on soit grand ou petit.. Ludewic Mac Kwin De Davy, amateur de Nietzsche, admirateur de Baudelaire et de Nerval, est un scribe en colère d’une époque où les non-sens sont devenus des impératifs vitaux..

.
 

De l’universalisme..

 

L’on me fait souvent,
un peu trop même, le reproche de n’être pas suffisamment « noir »
dans mes pensées, dans mes propos, dans mes écrits.. Pour beaucoup c’est la
marque d’une dépersonnalisation honteuse, d’une trahison – le mot est vite
lâché – de mes origines fussent-elles ancestrales et remontant à Mathusalem.. « Bounty »,
injure suprême, est accolé à chacune de mes réflexions, une couche noircissant
sur un intérieur blanc dit-on, car pour mes africanistes de la blackitude
traditionalistes, ne pas rappeler en longueur de respiration littéraire, son
ancrage africain, de la richesse des tam-tams, des codes culturels, des particularismes
du langage est un crime absolu contre l’africanité..

Mais voilà, avant d’être de telle ou telle
origine je suis d’abord un être humain qui se projette dans l’universalité.. Ce
« je » avec sa propre représentation du monde, du passé, de l’histoire,
à la fois contradictoire et linéaire, avançant troublé dans les complexités du
réel, et émancipé de cette obsession presque pornographique du communautarisme stérile..
Je suis un nègre, « je n’aime pas le manioc », je ne porte pas les
sempiternels « sanglots de l’homme noir ».. Que m’importe que le
berceau du monde et de la civilisation se trouve dans l’Egypte des Pharaons,
que m’importe que Jésus fusse noir, que m’importe les combats pour l’africanisation
des noms, de la condamnation du christianisme à la solde du colonialisme et du
néocolonialisme, que m’importe l’ethnocentrisme culturel rabaissant les uns, relégués
dans les cages du sauvage, que m’importe les gloires du passé, effacées ou
enterrées, brandies pour mieux démontrer que l’homme africain est assez suffisamment
entré dans l’histoire, ce n’est pas mon combat, ce n’est pas ma quête..

Mon combat est le présent,
avec ses enjeux hautement sensibles, d’une recomposition du paysage idéologique,
de la redistribution des cartes, par conséquent de la construction de demain.. Ce
n’est pas en criant Soundjata Keita que l’on obtient une place au sein du
conseil de sécurité permanent, ce n’est pas en étalant les prestigieux
enseignements de Mâât que l’on fait de chaque économie un moteur de développement,
ce n’est pas dans l’anti occidentalisme primaire que l’on se fait respecter..  L’on ne peut pas opposer à un racisme bête, irrationnel,
un autre tout aussi répugnant en animosité, stupide.. Les disciples de la
confrontation et de la radicalisation avec l’occident n’ont pas encore compris
que nous vivons déjà dans un monde condamné à un certain métissage, que les
identités évoluent de la rencontre avec d’autres influences, que les
psychologies s’en trouvent profondément modifiées, malgré les signes apparents
d’une bunkerisation occidentale sur un modèle de la « race pure » -
pourquoi s’en étonner l’accouchement d’une nouvelle réalité est toujours
difficile – l’évolution s’imposera, et s’impose déjà.. Livrer donc un combat désormais
d’un autre temps, c’est faire exactement son Don Quichotte de Cervantès, aller
en croisade contre les moulins à vent.. Ridicule.. Inutile.. Insensé..

Si pour être crédible
aux yeux des tenants de l’africanisme absolu, il faudrait habiller son propos
de référence à la couleur culturelle, prétendre trouver de la beauté à des
forets infestées de bestioles impitoyables en voracité, pratiquer le culte des ancêtres
dans une liturgie d’écorces, de cranes et de gris-gris, etre des ambassadeurs
de ces conservatismes périmés qui renvoient encore la femme à la cuisine, domestique
servile du grand Mâle, de la polygamie critère d’honorabilité et source de
respectabilité, de discutailler indéfiniment sur les democratures sans jamais
ressentir le courage de l’action – cette lâcheté du discours du parfait indigné
africain – derrière l’anonymat gaussant des non-sens, alors je ne me reconnais
pas dans cet africanisme là.. Il est aisé d’estampiller les autres de traites
lorsque soi-même on vit à des milliers d’années lumières de ces lieux où le
drame de l’Afrique se produit, de ces contrées bousillées par la barbarie où
les populations victimes incessantes d’inhumanité ne se demandent pas ce que c’est
qu’être un bon africain, mais juste que l’on les aide à surmonter chaque
seconde du ce quotidien insupportable.. Où sont donc les grands moralisateurs
africanistes quand une tête explose au Nord-Kivu ? Où sont-ils quand des
caravanes sans âme traversent des déserts piégés pour venir mourir au pied de l’indifférence
de la fameuse solidarité africaine ? Où sont-ils ces grands aboyeurs quand
le commerce interrégional d’enfants fait pâlir d’envie l’intégration régionale ?
Où sont ils quand il faut mettre les mains dans le cambouis, loin des cameras
et de la vanité des strass et paillettes, sans que personne ne sache et sans
attendre un « merci » ? Où sont-ils lorsqu’il s’agit de prendre
à bras le corps le community service, de se mettre bénévolement au service des
causes sociales ? Ils sont ailleurs, dans le même occident qu’ils
maudissent, dans les hauteurs de la petite bourgeoisie arriviste, dans des buveries
s’engueulant au sujet de vieilles mégères arides et tombant en lambeaux,
cougars empaillées déposées là dans ce décor en peau de panthère et sculptures
d’ivoire.. Ils sont ailleurs, dans l’intégration assimilationniste qui ne
semble pas leur filer des cauchemars, double triple passeports dans la poche, eux
autoproclamés gardiens du traditionalisme et de la quintessence de l’identité africaine..

Lorsque j’écris, j’expulse
ce qui est en moi, la réflexion sur l’origine la couleur de peau ou que sais-je
encore ne se pose pas, les écrits se construisent tous seuls, et je ne suis qu’un
automate en écriture automatique.. Je ne vois pas au non de quoi je changerai
cette manière de procéder, juste pour montrer que je ne suis pas un « bounty »,
parce que les « authentiques africains » ne meurent jamais ? Je
ne connais pas le son des tam-tams, ni l’odeur des villages, je ne sais que la détresse
qu’au fil de ma vie j’ai quelques fois croisée, celle qui n’a pas de couleur..
Ma plume se nourrit de l’encre de l’universel, des problématiques qui touchent
l’humanité, mes actions sont forgées dans l’utilitarisme qui ne connait pas les
questions de nationalités, d’origines, et dans la détermination affirmative que
chaque existence sacrifiées mérite d’être sauvée.. Et c’est bien là pour moi le
sens de la vie, mon appartenance ethnique, raciale, culturelle.. Mes
africanismes à moi.. Ma fierté aussi

.
 

From The Inside..

 

Rester les doigts figés au-dessus du clavier, inertes, sans vie.. Le regard égarée, hors de soi, ailleurs, sans jamais savoir où.. Disséquer les pensées qui affluent, qui tambourinent les cavités trop étroites, batailler pour trouver celles qui en valent la peine, et finalement se laisser submerger, noyer dans le flot déversé..

Ecouter les pesants silences dont l’éloquence jette un froid terrible sur chaque respiration, tenter de les hacher en bourdonnant quelque chose, en vain.. Fixer la feuille blanche, ce monocolore blanc, angoissant, comme on fixerait son reflet déchiré par des cris inaudibles de souffrances étouffées, mal étouffées.. S’arrêter un moment, se lever, tirer une cigarette, l’écraser, puis recommencer le même rituel jusqu’au premier écrasement d’un doigt sur une touche, n’importe laquelle, sentir un léger tremblement annonciateur d’une vague déferlante de lettres et de mots en furie et les plaquer de manière hystérique..

Avancer, dans ce griffonnement chaotique, tanguant entre les abysses vertigineux et les éclats de lune, avancer encore au rythme haletant des âmes pendues au bout d’une corde, avancer toujours en tirant sur le trait, en violant les règles fondamentales, en piétinant les lignes qui retiennent prisonnières les envies d’apocalypse, en expulsant des tripes l’acide qui rongent la bile, en explosant les digues de l’ordre impérieux..

Hurler dans les phrases torturées saignées à noir, taper plus fort sur le clavier, sentir les os se briser dans un craquement qui donne envie de continuer.. Entrer en écriture automatique, faire ce voyage astral au-dedans de soi, aligner les paragraphes qui en réclament d’avantage, violer chaque parcelle des colères refugiées dans le sanctuaire du cœur, lyncher ce qui vit encore dans les souvenirs entêtés, les mettre en terre sous un océan de sable rouge..

La possession..

Ne tendre l’oreille qu’aux murmures souterrains rampant sur les parois visqueuses, montant des entrailles en putréfaction aux glandes tyroïdes, les sentir agripper au fond de la gorge comme un morceau de basalte pondu par un dieu déchu longtemps constipé.. Poursuivre l’éclatement des écrits en jets de sang, plus vite plus impropre, du pissat cervical griffonné dans la transe baudelairienne d’une nuit sans étoiles..

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  • Auteur:

    Ludewic Mac Kwin

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